Hard Rock FR / 2001

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LACUNA COIL L’age de la raison

Le groupe italien Lacuna Coil ne chôme décidément pas. Le voici revenir avec un nouveau CD, Unleashed Memories, que nous vous avions présenté dans notre numéro 64 avec la belle Tarja en couverture. C’est encore une fois à une fort jolie femme que nous avons à faire, Cristina Sabbia, en l’occurrence, la chanteuse à la voix d’or. En tournée en France en ouverture de Theatre Of Tragedy, la « cantatrice chevelue » nous a accordé quelques minutes de son précieux temps, juste avant de monter sur la scène d’un Club Dunois archi-bondé.


Hard-Rock : Maintenant qu’Unleashed Memories est fini depuis quelques mois, quel regard portes-tu dessus ?

Cristina Scabbia : Nous en sommes complètement satisfaits : qualitativement, il est excellent, les chansons sont excellentes, les chroniques sont excellentes, les réactions du public sont excellentes, tout est excellent (rires) ! Nous sommes « album du mois » dans de nombreux magazines. Nous avons atteint notre but, artistiquement, et je crois que c’était le plus important. Il contient dix titres dont « Senzafine » qui figurait sur notre mini-LP Halflife. Unleashed Memories est plus mélancolique et mature que tout ce que nous avons pu faire auparavant. La production nous satisfait complètement car, pour la première fois, nous avons coproduit l’album en compagnie de Waldemar Sorychta, alors qu’auparavant, c’est lui qui faisait tout. Contrairement à certains bruits qui ont pu courir, il ne s’agit pas d’un concept-album, chaque chanson étant très distincte et différente des autres.

Votre musique pourrait se prêter à un concept-album…
Peut-être, mais je n’aime pas le concept de concept (rires) ! Nous sommes comme des anarchistes : tout doit être distinct sur l’album. Nous aimons écrire des paroles personnelles, sur la vie de tous les jours, mais qui, en même temps, peuvent permettre à l’auditeur de se faire sa propre interprétation. Ce sont des textes vraiment généralistes sur l’amour, la haine… Nous sommes assez peu inspirés par les dragons et les guerriers (rires) !

Comment procédez-vous pour composer à six ?
Normalement, nous travaillons individuellement pour les idées de base : par exemple, pour un riff de guitare, puis, une fois tous ensemble, nous ajoutons chacun nos idées, travaillons les arrangements, les mélodies de voix, et tout à la fin viennent les paroles.

Tu écris ces paroles ou tu collabores avec Andrea ?
En général, nous travaillons tous les deux. Mais cette fois, comme nous n’avons pas eu beaucoup de temps, c’est moi qui ai écrit la majorité des textes. En effet, nous réunir tous les deux a été un peu délicat ce coup-ci car, à côté de la musique, nous avons des petits boulots à Milan.

Depuis votre premier EP, comment considères-tu votre évolution musicale ?
C’est dur de parler d’évolution car nous avons un style propre… Disons que l’évolution est peut-être définissable par rapport à notre maturité, à tout ce que nous avons appris aux techniques de studio en tant que coproducteurs. Je pense qu’aujourd’hui, nous sommes plus précis. Je veux dire par-là que nous construisons nos titres par rapport à des mélodies simples, et ensuite, nous les enrichissons avec des arrangements. Avant, nos compos étaient plus alambiquées, partaient un peu dans tous les sens. Il y avait parfois trois titres en un seul ! nous avons appris à être plus simples, ce qui peut paraître paradoxal.

Sur scène, vous n’avez pas de soucis avec vos arrangements ? Vous devez jouer au click, non ?
En effet. C’est impératif désormais puisque nous utilisons des samples. Cette technologie est très utile d’ailleurs, pas uniquement au niveau des orchestrations. Par exemple, nous pouvons aujourd’hui nous permettre de superposer trois couches de voix sur scène, ce que nous ne faisions pas avant.

Avez-vous déjà songé à travailler avec quelqu’un d’autre que Waldemar ?
Oui. Après Halflife, nous avons songé à bosser avec un autre producteur, mais nous avons réalisé que c’était quelque chose de stupide : un deuxième album est crucial dans la carrière d’un groupe. Nous n’avions pas envie de prendre de risques. Nous sommes en parfaite osmose avec Waldemar et nous ne pouvions pas nous permettre de tout faire foirer. D’autre part, il aurait été ridicule de changer pour changer, car en ce moment, la tendance est aux producteurs, et les gens ont tendance à oublier la musique pour se focaliser sur le nom de celui qui l’a produite.

Pourquoi t’es tu mise au chant ?
Pour m’amuser ! D’ailleurs, même si aujourd’hui tout est plus professionnel, je m’amuse beaucoup !

Tu écoutais quoi quand tu étais plus jeune ?
De tout. Je suis très ouverte et je refuse de m’enfermer dans un style. Je considère d’ailleurs que c’est en étant à l’écoute de tout ce qui se fait que l’on progresse… Même quand on écoute de la merde… Au moins, comme ça, on sait ce qu’il ne faut pas faire (rires) !

As-tu un groupe préféré ?
Dur à dire… De but en blanc, je dirais Depeche Mode… Mais également Septic Flesh, Messhugah ou Strapping Young Lad.

Vous allez bientôt participer à la tournée Metal Odissey en compagnie de Dimmu Borgir, In Flames et Nevermore. Ça ne te fait pas peur ?
C’est vrai que c’est un package assez bizarre ! Mais nous aimons jouer et nous allons avoir l’opportunité de nous exposer à un public différent, c’est une sorte de festival en fait. Quant à la peur… Pourquoi aurions-nous peur ? Si les gens n’aiment pas notre musique, ce n’est pas de notre faute ! Et puis, je n’ai pas peur car nous avons une fan-base très importante qui nous suivra.

En tournée, est-ce que tu prends beaucoup soin de ta voix ?
Il n’y a pas grand chose à faire… Il faut beaucoup dormir, ne pas fumer et ne pas boire… Il n’y a rien à faire quand tu as des problèmes de voix, aucun médicament ne peut t’aider. Il faut savoir rester sage ! Le plus dur, c’est la fumée dans les salles de concert.

Tu n’as jamais envie de boire un verre après un bon concert ?
Si, bien sûr. Mais un seul ! Je suis de nature joyeuse, je n’ai pas besoin d’alcool ou de drogue pour m’amuser.

Quels sont les buts que tu t’es fixés dans la vie ?
Ouh là, c’est dur… Disons maintenir le même niveau de qualité dans nos chansons et ne jamais nous ennuyer. Je vois beaucoup de groupes pour qui exercer leur art est devenu comme un travail de bureau. En fait, c’est dur d’espérer encore : nous avons eu tellement de chance ces trois dernières années avec tout ce qui nous est arrivé… En tout cas, en ce moment, je réalise mon rêve. Je le réalise en fait depuis que nous avons signé.

A-t-on une chance de vous voir jouer en France en tête d’affiche ?
Je l’espère mais il est vrai que, pour l’instant, rien n’est prévu. C’est en tout cas un de nos souhaits les plus chers car le public français est très chaud et accueillant, l’un des plus chaleureux devant lesquels nous ayons joué.
Par Olivier Rouhet